Prise de position — système médiatique à Bienne et en Suisse

Contre la Blocherisation des médias – pour un paysage médiatique indépendant!

„Qui contrôle les médias contrôle l’esprit des gens.” Ainsi l’a exprimé Jacqueline Badran au „medienclub” de la SRF le 31.10.2017. Cette affirmation et son contenu n’ont rien de nouveau, pourtant, ils sont bien actuels. Car l’initiative “No-Billag”, lancée par les Jeunes UDC et les jeunes libéraux radicaux, et qui sera soumise au vote populaire le 4 mars 2018, pose en plus de la question du financement des médias, celle de son contrôle: le contenu rédactionnel des diffuseurs devrait-il être guidé par leurs mandats de prestation, ou par les envies du marché et des investisseurs?

Les propos qui suivent sont les conséquences qu’une acceptation de ‘No-Billag’ engendrerait pour la Suisse, et en particulier la région bilingue de Bienne, ainsi que notre conception d’un système médiatique plus indépendant.

Le mythe de l’indépendance des médias de masse dans un marché libre
Affirmer que les médias seraient plus libres sans soutien étatique – dans ce cas sans redevance – est une fausse déclaration des partisans de l’initiative de “No-Billag”. Elle repose sur une idéologie libérale et glorifie le marché libre comme une solution à tout problème.

L’importance de l’indépendance des médias dans l’économie publicitaire ne doit pas être sous-estimée. Des influences structurelles et instrumentales sont exercées: pour être fort sur le marché publicitaire, les médias sont forcés de s’adresser à une audience attractive aux publicitaires. Les conséquences qui en résultent sont, entre autres, l’évitement de controverses, de thèmes difficiles ou la publication de contenu d’entretiens, et, naturellement, le manque de prise en compte de groupes marginaux, qu’ils soient linguistiques, géographiques ou sociaux, comme les gens qui souffrent d’un handicap ou d’un faible pouvoir d’achat. De plus, les rapports de dépendance financière donnent le champ libre à l’influence des investisseurs sur le contenu rédactionnel. Les reportages critiques sur des clients publicitaires ou leur branche peuvent ainsi être limités.

Un des arguments des initiants de „No-Billag” est, en outre, que suffisamment de personnes seraient prêtes à payer pour les offres des radiodiffuseurs (tant qu’ils sont assez „attractifs”) et qu’un tel financement par abonnement serait moins cher, car les diffuseurs devraient se maintenir sur le marché libre. La réalité est pourtant autre: il n’existe pas un seul programme d’informations dans le domaine de la radiodiffusion qui puisse être financé par abonnements. La valeur de produits désirables socialement comme les programmes de protection des consommateurs („A Bon Entendeur”) ou les programmes de discussion („Infrarouge” ou „TTC”) est sérieusement sous-estimée, c’est pourquoi ils ne sont pas finançables dans un marché libre et privé. De plus, celles et ceux qui voudraient regarder le sport, les infos et des films payeraient plus, seulement pour ces trois prestations, que le coût actuel de la redevance.

Contre la bouillie publicitaire – pour les intérêts des 99 %!
Aujourd’hui déjà, la branche médiatique est façonnée par quelques grosses entreprises – 80 % des journaux en Suisse alémanique et romande sont publiés par Tamedia, Ringier et le groupe médiatique de la NZZ. Cette emprise sur le marché par une minorité peut être expliquée par des problèmes de structure dans la branche médiatique. Les produits médiatiques ont cela de particulier qu’ils ont des coûts fixes extrêmement élevés et des coûts de distribution marginaux négligeables. Ainsi, seuls ceux qui ont une portée maximale peuvent se maintenir sur le marché. Dans le secteur de la presse écrite, la part de coûts fixes dans les frais de gestion est encore plus élevée que dans les médias audiovisuels. L’initiative „No-Billag” veut éliminer la plus grande régulation de ce secteur – les redevances – sans aucun remplacement, ce qui mènerait inévitablement à une monopolisation.

Ce sont surtout les personnes avec le plus gros portemonnaie qui profitent d’un secteur des médias plus concentré. Et ce, non seulement parce qu’ils peuvent potentiellement contrôler pleinement une industrie tout entière (l’initiative appelle à la mise aux enchères des licences de diffusion), mais aussi, car ils peuvent manipuler (encore plus) le climat social et politique dans leurs propres intérêts. Les médias déterminent la manière dont les gens perçoivent le monde en dehors de leurs expériences personnelles. Qu’ils soient contrôlés par ceux qui profitent de loin le plus du système dominant serait un poison pour la démocratie et la formation des opinions du peuple.

C’est un poison pour la démocratie, car une situation sans service public entraîne une ségrégation sociale: d’une part entre les différentes couches de la population (ceux pouvant payer les frais d’abonnement élevés et ceux ne pouvant pas se le permettre) et, d’autre part, entre les différents camps politiques. Un média avec un mandat de diffusion équilibrée de l’information n’existera pas après un oui à “No Billag”. Les plates-formes de discussion dans lesquelles toutes les opinions trouvent une place impartiale et à auxquelles toute la population a accès seront également vouées à disparaître. Le débat n’aura lieu que dans son propre cercle politique, entravant la formation d’opinions éclairées.

Pour un système médiatique intact à Bienne et partout!

Les organes de publication de la région de Bienne, du Seeland et du Jura bernois n’ont pas une position aisée: ils agissent dans un marché bilingue hétérogène qui est tout sauf intéressant pour l’économie publicitaire. Penser que TeleBielingue (où les redevances couvrent 60 % des coûts) ou Canal 3 (50 % des coûts couverts par les redevances) puissent survivre dans une forme comparable sans l’apport des redevances est tout simplement illusoire. Tout comme les prestations de la SRG, incluant tous les produits médiatiques pour les minorités, pour lesquelles il n’y aurait en aucun cas suffisamment de ressources à disposition dans un marché libre, bien que leur production soit énormément désirable d’un point de vue social.

Si l’initiative „No-Billag” venait à être acceptée, nous nous retrouverions à Bienne sans télévision ou radio régionale avec un bulletin d’informations indépendant. Ce qui resterait des médias de masse serait le “Bieler Tagblatt”, le “Journal du Jura” et “Biel Bienne”. La couverture médiatique des thèmes régionaux ne se ferait plus sous forme audiovisuelle, et celui ou celle qui n’a pas la possibilité de payer un abonnement ne recevra les thèmes régionaux que du “Biel Bienne”, financé uniquement par revenus publicitaires. C’est un pouvoir et une suprématie que l’on ne veut accorder à aucun média, et encore moins à un „Biel Bienne” entièrement dépendant de revenus publicitaires de l’économie privée.

Les alternatives, ou comment fonctionne la politique médiatique de gauche!

Les taxes ne sont pas quelque chose que nous pouvons cautionner en tant que JS. Car elles ne sont ni dépendantes du revenu ni redistributives, et n’apportent donc rien à la justice sociale et accablent de manière démesurée celles et ceux avec un revenu faible. Ce qu’il faut au niveau national, c’est une redevance médiatique dépendante du revenu, qui par la régression fait passer à la caisse davantage les gens au revenu plus élevé.

Cette taxe sur les médias ne devrait en aucun cas financer les revenus de groupes de médias à but lucratif — par exemple, Tamedia SA a réalisé en 2016 un bénéfice de 76,6 millions de francs suisses et profite indirectement de la promotion de la presse en générale. Le taux de TVA et les tarifs de livraison postale réduits s’appliquent. Le récent exemple de la Swiss Dispatching Agency (SDA), dont le PDG Markus Schwab réagit aux plans de restructuration massifs de l’éditorial, jugeant que ‘le SDA n’est que peu responsable envers ses actionnaires’, alors que le SDA récolte annuellement deux millions de francs.

Ce qui peut protéger notre système médiatique contre les tendances oligopolistiques et monopolistiques, ce sont les mesures sélectives de promotion directe des médias — tant dans la presse écrite que dans la radiodiffusion. Ainsi, les médias imprimés et audiovisuels bénéficient de paiements directs. Avec de telles mesures sélectives, il est possible — comme son nom l’indique — de choisir. Cette sélection est urgente! Ringier, Tamedia and Co. n’ont pas besoin de fonds supplémentaires, qui finissent de toute manière dans les poches des actionnaires. En parallèle, les médias à but non lucratif et non financés par la publicité doivent être financés parce qu’ils sont les seuls à être en mesure de faire un rapport critique sur notre société sans dépendance structurelle.

Ainsi: Non à “No Billag”!

Les cotisations ne sont pas la solution, mais aucune cotisation ne l’est pas non plus dans le système actuel. Nous nous opposons fermement à cette initiative caractérisée par une idéologie libérale et dont les initiateurs pensent qu’une blocherisation du paysage médiatique soit acceptable si elle leur est bénéfique. Nous continuons à nous battre: contre les financements de toutes sortes des groupes privés, contre le démantèlement de la presse, et pour une politique médiatique de gauche indépendants du capital!

Prise de position — système médiatique à Bienne et en Suisse, adopté durant l’assemblé de la JS Bielingue du 12 février 2018.

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